Allaiter (encore) un prématuré

En relisant  le témoignage d’allaitement que j’avais fait pour Poulette je me rends compte qu’à l’époque j’avais trouvé ça très long à se mettre en place (ça avait pris un petit mois pour qu’elle soit allaitée au sein à 100%), laissez moi rire…

Bref, commençons par le début. 32 +5 SA c’est bien petit pour téter… Malgré tout, cette fois-ci j’avais l’expérience d’un premier allaitement de prématuré, je n’étais pas tout à fait dans l’inconnu et je savais quelles erreurs je ne souhaitais pas commettre. A peine le Petit Poisson né, j’ai donc demandé un tire-lait. Je savais qu’un bon démarrage de la lactation commence au plus tôt après la naissance. Faute de bébé, j’ai utilisé un tire-lait. Toutes les 3h. Jour et nuit. Je voulais reproduire du mieux que possible le rythme d’un nourrisson pour favoriser ma montée de lait et receuillir un maximum de colostrum pour mon fils. Et cela a bien marché car la montée de lait est arrivée le deuxième jour. J’ai donc continué sur ma lancée et j’ai rapidement pu fournir beaucoup de lait à la néonat. Tant et si bien qu’ils m’ont gentiment demandé de garder le lait chez moi car leur congélateur était plein. Je n’avais donc pas à m’inquiéter de ma production de lait. Un point positif, un souci de moins.

Production d’une nuit !

Car des soucis nous en avons eu à la pelle. Tant et si bien que je ne sais par quoi commencer.

Le début peut-être… dès que nous avons pu prendre le Petit Poisson dans nos bras, on m’a proposé de le mettre au sein, afin de faire connaissance. Les moments où il était éveillé et alerte étaient bien rares et ne coïncidaient que rarement avec les moments de mes visites. 

Mon Petit Poisson est né dans un hôpital Ami des Bébés et le personnel de néonat a été admirable concernant l’allaitement. Une consultante en allaitement est venue me voir dans les 6 h qui ont suivi la naissance pour s’assurer que je disposais de toutes les informations utiles et du matériel nécessaire. Le peau-à-peau et les mises au sein ont été encouragées dès que son état de santé le lui a permis et le Petit Poisson a pris sa première tétée quand il a eu 16 jours.

Première tétée en néonat

Jusque là il était nourri par sonde, le but étant de passer directement de la sonde au sein en évitant la case biberon. Malheureusement avec une petite puce dont il fallait s’occuper aussi, les tirages de lait et le temps de trajet maison-hôpital il m’était difficile d’être présente à plus de deux tétées par jour. Ce fut très dur de savoir que je sabotais l’allaitement de mon fils mais je ne savais que faire d’autre… L’inconvénient de l’expatriation c’est que dans des situations comme celle-ci on se retrouve bien seuls, l’aide des amis est appréciée mais on ne pouvait leur demander de s’occuper de notre fille H24 pendant quelques semaines. Le coeur en miettes j’ai donc donner mon premier biberon à mon petit, me promettant de tout faire pour sauver cet allaitement.

Une semaine après le Petit Poisson découvrait enfin notre foyer (et sa grande soeur par la même occasion) et le plan « allaitement au sein à 100% » était lancé. Mais malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à lui faire prendre le sein correctement. J’ai eu beau parcourir le site de la Leche League et mon livre sur l’allaitement, rien ne marchait… Je continuais donc l’infernal trio « essai de mise au sein – biberon – tirage du lait », en y ajoutant la vaisselle et stérilisation / congélation de tout le matériel cela me prenait 1h30 à 2h alors que le Petit Poisson mangeait toutes les 3h. Je ne pouvais donc pas imaginer sortir ne serait-ce qu’une heure…

N’en pouvant plus mais ne voulant pas renoncer (il avait su téter une fois, il en était donc capable) je suis retournée à la clinique de lactation de ma maternité. Les conseils apportés ne m’ont pas fait plaisir il faut l’avouer: il lui faudrait du temps, beaucoup de temps avant de pouvoir téter correctement et certainement avec des bouts de sein en silicone. Mais surtout ils ont vu ce que personne n’avait encore remarqué: le Petit Poisson avait le frein de la langue bien trop court pour pouvoir prendre correctement le sein en bouche.

Nous avons donc été redirigés vers un chirurgien pédiatrique qui a réglé le problème en 5 (longues) minutes. Néanmoins contrairement à ce que j’ai pu lire, mon Petit Poisson a eu mal et il lui a fallu plusieurs jours pour s’habituer à la nouvelle mobilité de sa langue et pour qu’il ne la colle plus à son palais (pas très pratique pour allaiter).

Pour moi les bouts de sein c’était le mal, je ne voulais pas en entendre parler mais j’ai essayé et j’ai du me rendre à l’évidence… avec, il a tété… Certes ce n’était pas optimal mais qu’est ce que ça fait du bien de ne plus avoir d’intermédiaire entre soi et son bébé! Pendant quelques semaines on a jonglé entre les tirages de lait, le biberon et les tétées en plastiques pour que ma lactation s’adapte à ce nouveau mode d’alimentation. Une fois le 100% tétées en plastique établi, on a décidé que certes le plastique c’est fantastique mais c’est tellement mieux sans!

Retour à la clinique de lactation pour apprendre à mettre Petit Poisson au sein sans les bouts de sein. Ce fut long, très long pour en venir à bout de ces bouts de sein! Le déclic est venu de mon bébé quand il avait 2.5 mois; nous avons été séparé quelques heures le temps que je subisse une petite intervention. J’avais laissé un biberon de lait tiré au papa au cas où… Le Petit Poisson n’en a pas voulu et s’est jeté sur mon sein à mon retour. Depuis ce jour, fini le plastique!

Aujourd’hui le tire-lait est au placard où j’espère qu’il restera longtemps et enfin je peux dire: j’allaite. Et non pas : j’allaite mais je tire mon lait ou j’allaite mais avec des bouts de sein. Je l’allaite, tout simplement (pas si simplement que ça, un REF vient un peu ombragé le tableau mais par rapport à nos difficultés initiales c’est du pipi de chat).

Et quand son regard plonge dans le mien, que ses lèvres dessinent un sourire de contentement, tous ces moments de galère sont balayés par une grosse vague de bonheur!

La cerise sur le gâteau? Une courbe de poids qui monte en flèche, le Petit Poisson devient donc officiellement le Baleineau!

L’est bon le lait de maman

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La naissance du Petit Poisson – part 2

Hier, je vous ai laissé à 22h09. Je finis d’envoyer quelques textos, je pose mon téléphone et je me prépare à aller au lit.  Pendant que je me brosse les dents je remarque que les légères contractions que je ressens déjà depuis plusieurs semaines (aussi appelées contractions de Braxton Hicks ou de pré-travail) s’intensifient sans pour autant être douloureuses. A la fin du brossage, elles commencent à être un poil douloureuses.

Ca tombe bien l’infirmière est là pour vérifier les constantes de ma voisine de chambre, j’en profite pour lui faire part du changement dans mes contractions et elle me propose de faire un monito un peu plus tard si la douleur est toujours là. Elle quitte la pièce. Je la rappelle illico, ça fait MAL.

Le monito arrive et elle me demande donc de m’allonger pour qu’elle puisse l’installer. C’est à ce moment là que j’ai su…

J’ai su que le monito ne servirait à rien, que j’étais bien incapable de m’allonger sans quoi je ne saurais gérer cette douleur, que cette sensation qui avait commencé un peu plus tôt était celle de mon corps qui s’ouvrait et se préparait à faire naître ce bébé.

J’attrape mon téléphone qui était resté près de moi et j’appelle Chéri. Lui qui venait juste d’arriver à la maison, le voilà reparti en sens inverse…

Dans la chambre, c’est le branle-bas de combat, l’infirmière en chef arrive et comprend instantanément (le petit pied qui dépassait entre mes jambes a dû l’aider). Elle s’appelle Sharon et c’est à ces paroles que je m’accroche. Sa voix est douce et elle utilise les mêmes expressions et la même technique de respiration que celle que j’ai apprise pendant mes cours de préparation à la naissance. Je me concentre sur ma respiration, je suis dans ma bulle et étonnamment  je gère plutôt bien la douleur. Je ne perds pas pied comme lors de la naissance de Poulette (où la seule chose que je pouvais faire était crier), la respiration m’aide énormément.

Et Sharon me demande la chose la plus incongrue et la plus difficile lors de cet accouchement: d’arrêter de pousser! Tout se déroule à merveille mais le bébé ne peut pas naître ici, pas dans le couloir qui mène aux salles d’accouchement. Je tente donc d’aller à l’encontre de tout ce que mon corps m’incite à faire et je mesure l’ampleur de cette poussée réflexe, ce n’est juste pas possible d’aller à l’encontre de cette poussée, c’est incontrôlable.

Ca y est, je suis en salle d’accouchement, Sharon m’abandonne ici et je perds pied un instant, je veux qu’elle reste… Elle me confie à Verina, la sage-femme de garde. Cette dernière gagne instantanément ma confiance, elle me laisse carte blanche sur le choix de ma position et m’encourage à écouter mon corps. Il ne faut pas me le dire deux fois et je me laisse enfin porter par mes contractions alors que Verina me guide dans ma respiration et me réconforte…

Une poussée un peu plus forte et les fesses du Petit Poisson sont sorties, sa tête sortira à la prochaine poussée. J’ai un peu l’impression d’accoucher deux fois, pour ma fille une fois la tête sortie le plus dur était fait alors que là une fois les fesses dehors le plus dur restait à venir.

Je découvre alors un magnifique petit garçon et le temps se suspend un instant… Verina, pourquoi il ne crie pas? Pourquoi il est bleu? Pourquoi le cordon est-il autour de son cou? Je n’ai pas le temps de formuler ces questions à voix haute que les pleurs de mon fils emplissent la pièce… et c’est à ce moment là que le nouveau papa fait son entrée. Arrivé après la bataille, il découvre son fils d’un air ébahi.

Sage-femme, pédiatre et infirmière rient aux éclats, nous félicitent, l’ambiance est détendue malgré les circonstances. Le Petit Poisson, intubé par mesure de précaution, part découvrir ses nouveaux quartiers en néonat avec son papa.

Je suis abasourdie, je n’en reviens pas j’ai accouché… déjà… si vite… seule… naturellement… à genoux… d’un bébé en siège… dans mon joli top de grossesse… avec mes boucles d’oreilles… et mon téléphone à la main!

Et vous savez quoi? Ben un accouchement comme ça je veux bien recommencer dès demain (avec quelques semaines de grossesse supplémentaires toutefois) (et la néonat en moins).

J’ai eu la chance d’être entourée d’une super équipe ce qui ne fut pas le cas pour mon premier accouchement et ça change tout. J’étais également mieux préparée à gérer la douleur (mon premier ayant été rapide, il était fort probable que je ne puisse pas avoir de péridurale même si je l’avais souhaitée) et surtout j’ai pu constater à quel point rester libre de ses mouvements et choisir sa position permet d’atténuer la douleur des contractions. C’est plus sympa d’avoir la gravité de son côté plutôt que d’avoir à lutter contre.

La suite est un peu moins rose, le Petit Poisson resta trois semaines en néonat avant de pouvoir enfin rejoindre notre maison et faire la connaissance de sa grande soeur qui trépignait d’impatience à l’idée de connaître son « petit frère garçon ».

Guérir de son accouchement

Je ne parle pas de la guérison au sens propre (de ce point de vue là j’ai eu une chance inouïe : j’étais en pleine forme le lendemain de l’accouchement et je retrouvais mon poids 1 mois plus tard sans difficultés mais moins de fermeté of course). Non, je souhaiterais parler de la guérison psychologique, de cette boule dans la gorge et de ce goût amer que laisse un accouchement qui ne se passe pas comme on  l’espérait.

La plaie ouverte par mon premier accouchement ne s’est toujours pas refermée, sans doute ne se refermera-t-elle jamais  complètement, après tout on ne me rendra jamais la première journée de vie de ma fille, ni son premier regard ou le contact de son petit corps gluant contre le mien.

Mon cœur s’est brisé quand, 24h après l’accouchement, j’ai enfin pu aller la voir en néonat et que parmi tous ces bébés, j’ai réalisé que je n’avais aucune idée duquel était le mien…

Mais aujourd’hui je vais mieux, beaucoup mieux, je trouve même que je me suis plutôt bien débrouillée. Ce qui m’a évité une bonne dépression voire un burn out, c’est de m’accrocher à cette ultime chose sur laquelle je pouvais encore agir, ce tout petit fil si fragile et déjà bien entamé qui me reliait encore à mon bébé : l’allaitement. C’était tout pour moi, tout ce qui me restait à offrir à ma fille après sa naissance ratée.


Je m’y suis accrochée aussi fort que j’ai pu et j’ai persévéré, c’était aussi bénéfique pour elle que pour moi. Un prolongement de la grossesse, une façon de créer ce lien, pour moi l’allaitement c’était d’abord ça. Au-delà de l’aspect nourricier, c’était une façon de récupérer ces premiers instants perdus. Il aura fallu 14 mois d’allaitement pour « rattraper » ses premières 24h.

Au bonheur de nourrir ma fille s’est ajouté celui de l’élever, de la voir évoluer et d’établir une relation forte avec elle. Au fil du temps j’ai compris que le lien avec son enfant se construit petit à petit, peu importe le démarrage et ses erreurs. Chaque petit sourire, chaque petits pas, chaque câlin agit comme un petit pansement.

On n’oublie jamais. On apprend à vivre avec comme on apprend à devenir maman. Et finalement la guérison, c’est de son enfant qu’elle vient.

Stigmates

Il y a un an, j’apprenais avec stupeur que mon bébé serait là d’ici le lendemain. Mais on ne m’avait pas dit que « là » désignait la néonat.

Poulette est arrivée en un rien de temps et a été emmenée tout aussi rapidement, en 1h30 je suis passée de femme enceinte de 8 mois à femme au ventre et aux bras vides et douloureux.

J’ai du attendre 24 très longues heures avant de pouvoir enfin rencontrer mon bébé. Quand j’ai pu la prendre il a fallu jongler avec les câbles et les capteurs. Sa petite main disparaissait complètement sous les sondes et perfusions. On en plaisantait, de sa main bionique… n’empêche qu’un an après, les cicatrices sont toujours là.

A peine visibles certes, mais moi je les vois, à chaque fois que Poulette me caresse avec sa menotte, rappel silencieux qu’elle n’a pas été accueillie en douceur comme je l’aurais souhaité. Je sais bien que nous avons de la chance, un an après la seule trace qui reste de sa prématurité ce sont ces infimes cicatrices.

Mon tout petit bébé, qui ressemblait à un poulet tout recroquevillé (d’où son surnom), a bien grandit. Certes Poulette reste un petit bébé (68 cm pour 8 kg)  mais c’est un bébé plein de vie, en bonne santé et qui fait notre bonheur depuis 364 jours.

A lire ailleurs

Maman sur terre est maman d’une petite Pimprenelle qui n’a que quelques jours d’écart avec Poulette et qui fait d’excellents articles sur le maternage et ses pratiques. Il ne m’en fallait pas plus pour adorer son blog et c’est avec plaisir que je lui ai livré mon témoignage d’allaitement.

Pour le retrouver c’est ici que ça se passe. Et en exclu y’a même une tite photo de Poulette 🙂

Poulette’s birth

Comme promis, voici le récit un peu (beaucoup) plus détaillé de la naissance de ma Poulette. Ca m’a pris un moment, 5 mois pour être précise, plusieurs brouillons, plusieurs versions (celle en colère, celle version film d’horreur, celle « finalement c’était pas si pire »), des dizaines de pages noircies, pour finalement arriver à ce petit récit en 6 épisodes.

Episode 1: Ca sent le sapin… où j’apprends qu’il y a un problème

Episode 2: Le début des hostilités où j’apprends que la fin de la grossesse approche

Episode 3: Le re-début des hostilités où l’accouchement est déclenché

Episode 4: Et c’est parti… où l’accouchement proprement dit

Episode 5: La fin (?) des hostilités où la délivrance ne se passe pas comme prévu

Episode 6: Et ils vécurent heureux où le + ou – happy end!

Je m’efforce de ne retenir que le bon de cette aventure (après tout j’ai réussi à accoucher rapidement sans péri ni épisio et la guérison fut plus que rapide) mais je ne garde pas un souvenir mémorable de mon accouchement, ça n’était pas « le plus beau jour de ma vie » (sinon comme le dit Florence Foresti à quoi ressembleraient les autres jours de ma vie?) et j’aimerais beaucoup que les choses se passent différemment pour le prochain bébé (un accompagnement global et accouchement avec la même sage-femme serait l’idéal). Et ouais malgré tout, j’ai quand même envie de remettre ça (un jour), comme quoi la douleur et les mauvais souvenirs s’estompent vraiment 😉

Et c’est parti…

Previously on About my bidon: accouchement épisode 1, 2 et 3.

La menace de césarienne (et surtout ses conditions : sans le papa, sous anesthésie générale, pas d’allaitement en salle de réveil, pas possible de voir mon bébé avant 24 à 48h) me dévaste, le scenario catastrophe se déroule lentement sous mes yeux et je ne peux rien faire… quoique… je reprends du poil de la bête et décide de faire le peu que je puisse faire : parler au bébé, lui expliquer la situation et que ce serait cool qu’il se décide à venir de lui-même, boire quelques tasses de tisane de feuilles de framboisiers, et surtout changer de position malgré tous ces câbles.

A genoux sur le lit, en appui sur la table où l’on met le plateau-repas, il ne faut pas longtemps pour qu’enfin je sente de légères contractions. Ca y est ca commence et… aie… ça me remplit de joie (façon de parler, hein).

« Non madame, le monito ne montre aucune contraction, c’est pas ça »…aie… on décide alors de noter mes « non-contractions »(*). Le papa fait ça très…aie… bien et il ne faut pas longtemps pour qu’on se rende compte du rythme : toutes les 4 et 2 minutes alternativement. Ca commence rapidement dis donc… tant mieux, la menace de la césarienne s’éloigne d’autant plus à chaque contraction.

Je me concentre sur ma respiration et gère quelques contractions comme ça. Une sage-femme passe sa tête par la porte et constate qu’effectivement le travail a commencé, elle me demande si je veux du gaz mais je préfère attendre encore un peu et tester les massages, lingettes chaudes et autres anti-douleur. Apres tout y’en a encore pour plusieurs heures (ah la naïveté) alors je ne veux pas m’habituer à un anti-douleur tant que j’arrive plus ou moins à gérer. Mouais… j’ai du tenir ce discours pendant  5 minutes avant que je ne supplie chéri de la rappeler et de me donner du gaz! Parce que la les contractions sont de plus en plus longues et fortes… la vache… purée, c’est moi qui crie comme ça ? ah ben oui… mais expulser de l’air très très vite ça fait du bien et… ah tiens ça va mieux si je laisse faire la contraction, on dirait même que… ça pousse !

Poulette est née à 14h20...

Retour de la sage-femme qui ameute les troupes, allume toutes les lumières (aie mes yeux) et commence à installer THE gaz. On me demande (m’ordonne ?) de m’allonger pour m’examiner. Bon alors comment dire, déjà tu ne me demandes rien pendant une contraction et ensuite j’essaie de me retourner là mais avec un bébé qui tente de traverser ton bassin, c’est juste pas facile d’être gracieuse alors patiente un peu !

J’ai juste le temps d’entendre un « Mais on voit la tête ! » avant qu’on me tende le gaz (une pure merveille ce truc). Waouh y’a de la pression dans le masque. L’effet est instantané, après une bouffée la douleur est considérablement atténuée alors je continue…. Peut-être un peu trop car j’ai ensuite l’impression de sombrer, d’être complètement à coté de mon corps, je vois des images de tracé plat , de réanimation (merci urgences et grey’s anatomy) … suis-je en train de mourir (**)? ah ben non alors je veux savoir si c’est une fille ou un garçon ! Je me raccroche à la voix de chéri « Respire, respire » et on m’ôte le masque, oui ça vaut mieux… aaahhh nooooooon encore le masque, je VEUX la drogue…

…Accalmie…

Voix de chéri : « ça y est il est là le bébé ! »

Moi : « C’est vrai ? »

Chéri : « je sais pas je te demande… »

Moi : « Aiiiiieeeeeee »

Chéri : « Bon non il n’est pas encore la… »

… Fin de l’accalmie…

S’ensuit une série de contractions qui me parait interminable… je voudrais bien toucher la tête de mon bébé pour voir où j’en suis mais on m’en empêche a deux reprises (pourquoi ? mystère…) je laisse faire la poussée réflexe, je ne veux pas pousser pour ne pas déchirer mais je sens bien que dans cette position il faut que je donne un petit coup de pouce (enfin pas vraiment de pouce, on se comprend, hein) pour aider mon bébé. J’entends vaguement le mot « cut » revenir dans la conversation, bon c’est clair, ils ne m’épargneront pas(***). Allez je pousse un peu comme ça c’est enfin fini… ouillllle… la tête est passée… même sensation que lorsqu’on enfile un col roulé en beaucoup plus cuisant….

Plus que la brûlure, c’est la sensation de flottement une fois la tête sortie qui m’a le plus frappée… Une dernière contraction et hop… LA voilà ! C’est une fiiiiiille, une toute petite fille me dit son papa…

A peine dans mes bras qu’on me la reprends déjà, « elle est trop petite » me murmure-t-on… Là j’ouvre les yeux, redescends sur terre et constate le monde qu’il y a dans la pièce, ils étaient tous là tout ce temps ??

Avec tout ces gens impossible de voir mon bébé… ils s’apprêtent à l’emmener (dans les bras du pédiatre, sans couveuse ni rien) lorsque nous demandons à l’avoir encore un peu. Je souhaite la mettre au sein mais la pédiatre est formelle « elle est trop petite pour téter ». M’en fous je veux essayer et je veux ma fille contre moi… A peine le temps de prendre une photo que Poulette repart, accompagnée par son papa qui a pour mission de ne pas la quitter des yeux, je ne suis pas rassurée sur ce qu’ils vont lui faire.

(*) c’est dingue mais selon le monito Poulette est née sans contractions, incroyable, non ?

(**) c’était donc ça la phase de désespérance…

(***) à tort, je m’en suis sortie sans episio ni déchirure

Le début des hostilités

Le premier épisode de l’épopée de l’accouchement est .

Retour à la maternité avec le futur papa ou je sens les regards accusateurs, me voilà devenue ‘celle qui est sortie contre avis médical’. On nous sermonne donc allégrement et on m’annonce que les résultats des analyses sont revenus et sont plutôt mauvais, si ma tension augmente il faudra déclencher l’accouchement. Et voilà pas que l’on me prend la tension dans la minute suivant cette annonce… bingo ça dépasse le seuil limite !
Ben oui, forcément… même le futur papa devait avoir une tension élevée à ce moment là…
Bref, cette soi-disant forte tension était à mon humble avis due en bonne partie au stress infligé par l’équipe médicale… elle a d’ailleurs été bien entretenue en venant me la prendre tous les quarts d’heure…

Le futur papa et moi nous retrouvons donc en salle de travail, où l’on va rester une bonne heure jusqu’ à ce que quelqu’un veuille bien nous en dire un peu plus sur la suite des évènements. Informations que nous n’aurons qu’au compte goutte, ne me demandez d’ailleurs pas le nom des médecins ou infirmières, personne n’a eu le civisme de se présenter…
Contexte idéal pour entretenir ma tension élevée, non?

Une infirmière viendra ensuite me donner une blouse et me poser un cathéter. Nous attendrons ensuite une autre heure avant que quelqu’un ne vienne remplir la perfusion dont nous ignorons le contenu. Pardon, c’est faux on nous a dit que c’était du magnésium mais à la question « Pourquoi me donne-t-on du magnésium ? » on nous a répondu : « parce que c’est le médecin qui l’a prescrit » (*). Hhmm… j’y avais pas pensé…

Ca y est la médecin revient et nous explique ( etc’est un bien grand mot) le deroulement des évènements : on va me déclencher par tablettes, une maintenant (comprendre dans une heure) et la seconde 6 heures après, d’ici là le travail devrait se déclencher et sinon on avisera.

« C’est a dire ? »

« On avisera en temps voulu ne vous inquietez pas. »

On ne s’inquiète pas, on veut juste savoir ce qui peut arriver pour s’y préparer, c’est tout… c’est justement de ne pas savoir qui m’inquiète et me stresse (et fait donc monter ma tension) !
Nous en proftions quand même pour discuter de notre plan de naissance, vu l’accueil on se doute bien qu’il ne sera pas suivi mais je suis plutôt surprise car elle répond favorablement à la plupart de nos demandes : être mobile pendant le travail, choisir la position d’accouchement, les soins du bébé, pas d’épisio, découvrir nous-mêmes le sexe du bébé, ne couper le cordon que lorsqu’il a fini de battre, allaiter a la naissance, nous laisser un peu de temps seul tous les 3…

Enfin…elle dit oui pour ne pas s’étendre sur le sujet je pense… elle nous demandera ensuite nos copies du plan pour « les distribuer dans le service ». Mouais… on se rendra compte plus tard que c’était pour les faire disparaitre…

(*) Après recherches (merci google), le magnésium sert à prévenir les convulsions dans les cas d’éclampsies… sachant que je n’étais qu’en supposition de pré-éclampsie, cela me parait un peu drastique comme protocole… m’enfin bon je ne suis pas médecin… néanmoins un avis éclairé sur la question m’interesserait : était-elle vraiment nécessaire cette perfusion ?

Ça sent le sapin…

Simple contrôle de routine à la maternité à 36 SA. Monito, tension, tout est normal, je suis sur le point de repartir quand le médecin vu quelques jours avant m’interpelle :

« Je viens de recevoir vos résultats d’analyses madame, ils ne sont pas bons du tout. »

Premier coup de massue, moi qui ai toujours eu des résultats parfaits depuis le début de cette grossesse, il y a maintenant des protéines dans mes urines… Bon, soit, on fait quoi ?

« On va refaire ces analyses aujourd’hui puis on avisera en fonction de l’évolution mais j’aimerais beaucoup vous hospitaliser dès maintenant. »

Aïe, deuxième coup…. Je ne suis même pas encore en congé mat, mon sac n’est pas prêt et il reste encore 4 semaines, bordel, ça va être long à l’hôpital… surtout qu’ici y’a pas de wifi et la télé est en arabe…

« Ca prend combien de temps ces analyses ? »

«  Environ 3h »

« D’accord, ça me laisse juste le temps de rentrer faire mes affaires et de prévenir le papa ! »

« Ah non madame vous ne pouvez pas partir vous DEVEZ rester ! »

« Pour faire quoi ? Attendre sur un lit d’hôpital pendant 3h ? »

« Oui »

« Mais j’habitue à peine à 10 minutes d’ici, je reviens dans 3h sans faute. »

«  Il faut signer une décharge alors comme quoi vous sortez contre avis médical »

« Bon, très bien, je signe où ? »

Arrivée un poil paniquée à la maison, le futur papa ne comprend pas ce qu’il se passe:

« Ben quoi on va pas faire les courses ? »

Bon, on se pose et on explique tout, ça me parait abracadabrant : je serais dans un état si critique alors que je me sens bien et que monito et tension faits il y a 20 minutes étaient parfaits… mon ami google me confirme que des œdèmes + protéines dans les urines + forte tension = pré-éclampsie

Ma tension est correcte donc on respire, tout ne va pas si mal que ça. Un appel à ma gynéco habituelle (parce que google il est fort mais bon quand même il a pas vraiment son diplôme de médecine…) me rassure à moitié : ils vont surement m’hospitaliser et me surveiller de très près. J’aurais préféré qu’elle me dise de venir la voir mais elle travaille dans un cabinet privé et ne peut donc pas faire des analyses aussi rapidement qu’à l’hôpital.

Je prépare donc mon sac et mon mental pour rester alitée à l’hôpital les quatre prochaines semaines…

3 mois

Hier ma Poulette a fêté ses 3 mois… déjà!

On est maintenant loin du petit bébé tout maigrichon que l’on a ramené de néonat mais elle n’a pas encore complètement rattrapé ses collègues « bébés à terme » du même âge. En même temps lorsqu’on voit ses parents on se doute bien qu’elle sera plutôt asperge que potiron.

L’allaitement se passe bien à part un réflexe d’éjection un peu fort qui m’a occasionné une ou deux crevasses. On y remédie en adoptant la position avachie sur le canapé, ce qui n’est pas pour me déplaire 😉

Les sourires pleuvent, le baptême de l’air s’est bien passé (personne ne nous a jeté des pierres à la sortie de l’avion), l’écharpe est vraiment idéale pour les voyages et depuis peu il n’y a plus qu’un réveil nocturne…

Tout va pour le mieux et il est donc tant de préparer le retour au boulot…